Le Remplaçant

12650456_10153244418132687_1479285648_n

Ce matin la maitresse de mon fils est absente. Je me demande comment ils vont être répartis dans les classes étant donné qu’elle n’est pas remplacée et qu’une autre enseignante est absente. Au pire (au mieux?), il fait beau et doux, foutez moi ça dehors dans la cour avec un ballon (j’ai de grands principes d’éducation. Le ballon prisonnier en est un).

Quand j’étais petite, je n’étais pas grande, j’habitais dans un village petit lui aussi et l’école primaire ne comportait que deux classes (cp/ce1/ce2 et cm1/cm2). Bazar vous dîtes-vous? Non. Bonheur. Je pense que le nombre d’élèves réunis des 2 classes n’atteignait pas le nombre d’élèves contenus dans la classe en zone très urbaine de ce2 de mon fils aujourd’hui (je pense d’ailleurs que si l’éducation nationale avait le loisir de construire des salles plus grandes ce ne serait pas 30 élèves par classe mais 40. Tant qu’on peut on bourre).

Bref.

La maîtresse était brune, bien plantée et très impressionnante. On faisait des activités chouettes en travaux manuels, nos feuilles de cours dupliquées fraichement sentaient encore l’alcool de la machine à polycopier (je reniflais), la colle Cléopâtre était notre amie (je reniflais), nos bureaux étaient en bois, solides avec les trous pour mettre les encriers que nous n’avions pas puisqu’on écrivait au BIC. Tout de même.

Si j’aimais bien ma maitresse j’étais toute aussi réjouie quand elle était absente car LE remplaçant arrivait. Toujours le même (l’éducation nationale faisait parfois bien les choses. Ou alors c’était parce que nous étions réellement paumés dans la pampa et qu’aucun n’était disponible à des lieues à la ronde).

Mr Dumont (avec un T) portait un gilet en laine un peu défraichi, un velours et une casquette. Il avait aussi une barbe noire, une silhouette dégingandée (il était tout en os ce que la maitresse était en courbes) et surtout sentait la campagne. Si j’étais plus précise je dirais même qu’il fleurait bon la garrigue et peut être même les chèvres (tiens, je me rends compte tout à coup que mes souvenirs sont très olfactifs)(et NON je ne reniflais pas le remplaçant).

Je l’aimais beaucoup car il était doux, attentif, patient, que la classe était beaucoup plus cool (ça oui, garnements un jour garnements toujours) et surtout je ressentais un formidable sentiment de liberté. Je me souviens que lorsqu’on nous annonçait l’arrivée de Mr Dumont c’était un peu la fête, pour un peu nous aurions tous pu bruler nos cahiers dans un grand feu de joie et danser autour seulement vêtus de couronnes de fleurs des champs dans les cheveux en fumant des gros joints. Si nous n’avions pas 8 ans j’entends.

Un remplaçant comme l’éducation nationale devrait avoir plus souvent dans ses fichiers, que je souhaite à mon fils de rencontrer un jour, lui le carré qu’on veut faire rentrer dans un rond. Un instit qui, s’il ne vous fait pas travailler comme une brute, vous fait au moins aimer l’école et ne vous force pas à rentrer dans des petites cases toutes étriquées.